Histoire de la rhinoplastie et de la chirurgie du nez

La rhinoplastie est une des interventions chirurgicales les plus anciennes que l’on connaisse. Son histoire est longue.

Le premier document connu, datant du début du 3ème millénaire avant Jésus Christ, fut déchiffré au siècle dernier par l’américain Edwin Smith, et sur ce papyrus de 5 mètres de long, pas moins de 27 interventions sur le nez sont décrites, qu’il s’agisse de blessures, de fractures, ou de déviations nasales.

Il est attribué à Imhotep, architecte de la pyramide à degrés de Saqqarah, vizir du rois Djozer, qui fut probablement le premier chirurgien plasticien. Ses descriptions, par leur précision, forcent l’admiration. Il fut considéré comme une divinité et en Grèce on fit de lui le dieu de la médecine.

Aux Indes, plusieurs siècles avant Jésus Christ, le chirurgien Suçruta reconstruisait, à partir de la peau du front, selon une technique qui est toujours d’actualité, les nez amputés.

A cette époque, en cette région, les femmes infidèles et volages étaient punies et leur nez coupé. Cette mutilation leur était faite afin qu’elles ne puissent plus séduire.

La méthode de Suçruta, est un véritable traité de chirurgie plastique ou déjà sont écrites les bases de notre spécialité.

L’âyurveda, médecine indienne traditionnelle, comme la médecine grecque, furent psychosomatiques avant la lettre. L’acte médical disait on est toujours un acte psychologique et le praticien rend à son patient la tranquillité d’esprit. Voilà une réflexion qui mériterait d’être développée actuellement alors que pour certains la chirurgie esthétique est une « chirurgie de confort sur sujet sain « .

Le souci de l’esthétique s’est très souvent manifesté au cours des siècles, et malgré les techniques chirurgicales encore rudimentaires, de nombreux procédés étaient écrits: pour améliorer l’aspect définitif du résultat. Pierre Franco, chirurgien français du XVI siècle décrivait, de façon rudimentaire certes, les corrections du bec de lièvre, des fentes labio palatines et nasales.

A la même époque, en Italie, Gaspare Tagliacozi, médecin réputé de Bologne, proposait une technique de reconstruction du nez à partir de la peau du bras. Dans la ville de Bologne, une statue érigée sur une stèle, le représente tenant un nez à la main.

A cette époque déjà des techniques de chirurgie plastique rencontraient un courant philosophique opposé qui considérait que corriger les disgrâces revenait à s’opposer à la volonté du créateur. Certains de ces chirurgiens furent même excommuniés et considérés comme hérétiques.

Ces mêmes courants culturels et religieux n’ont pas complètement disparu et continuent de s’exprimer:  » il faut savoir s’assumer  » disent les uns,  » on ne change pas la nature » disent les autres.

Ces attitudes sont certes fort respectables, mais aujourd’hui, où les progrès sont importants, après les mutations sociales que nous avons connues, à l’heure de l’image et de la communication, ces raisonnements ont ils autant de raisons d’être ?

N’anticipons pas et poursuivons ce chemin des progrès de la rhinoplastie.

Aux Etats Unis, John Roe en 1891 propose, le premier, la rhinoplastie correctrice par voie endo nasale. Cette intervention existe donc depuis plus d’un siècle. On peut parler, s’agissant une opération sans cicatrice visible d’une endo chirurgie ou d’une technique endoscopique, avant l’heure.

Magistralement décrite par Joseph puis par Weir, la rhinoplastie esthétique devient une intervention codifiée, reposant sur des bases anatomiques, et reproductibles par un chirurgien expérimenté. Rethi en 1929 propose la technique dite par voie ouverte avec une minuscule incision au niveau de la columelle (entre les narines).

Les interventions de chirurgie esthétique, correctrice, vont connaître ensuite pour le nez, pour le visage et pour l’ensemble du corps un essor
considérable au 20ème siècle, siècle du paraître. Cette évolution historique, traduit en fait un processus fondamental, culturel, qui est celui de la recherche de la beauté et de l’harmonie.

Ces progrès spectaculaires et ces interventions si nombreuses correspondent à des motivations profondes, importantes, essentielles.

Si les habitudes, les modes de vie et façons de penser changent en permanence, la nature humaine, ses besoins profonds, ses relations et intrications sociales restent identiques à celles des premiers temps, où, déjà, le psychique et l’organique faisaient partie de la même entité.

L’identification à une image ou le rejet d’une image sont souvent à l’origine d’une consultation en chirurgie esthétique.

Lorsque le nez fait obstacle à une harmonie du visage, à une expression de soi, il est légitime de vouloir le corriger, sans le changer radicalement.

Si le nez est jugé trop large, trop long, agressif, ou manquant de finesse, cela peut avoir des conséquences psychologiques néfastes.

En effet, lorsque un défaut est réel, il gêne au point de déstabiliser un adolescent ou un adulte jeune, pouvant le confiner dans une attitude de repli, avec toutes les répercussions négatives que cela peut avoir sur le plan social, affectif, et personnel.

Eût il été plus long, le nez de Cléopâtre aurait dit on, changé la face du monde, tant il est vrai que la beauté peut faire et défaire des amours et des empires.

Récemment, une de mes patientes m’écrivait de façon amusante certes, mais de façon importante,  » il y a longtemps que je me dis que si la pointe de mon nez disparaissait, la face de Marguerite G. en serait changée « .

Le nez de Cyrano de Bergerac est, a bien des égards, caricatural. Il ne s’agit au départ que d’un problème d’ordre esthétique, qui a cependant conduit Cyrano dans le domaine de l’anomalie, dans le milieu de l’infirmité, le confinant au désespoir, à la solitude affective et morale.

On connait les malheurs de Cyrano de Bergerac avec son nez démesuré, ceux de Pinocchio qui ont fait trembler de nombreux enfants, effrayés de sentir le mensonge s’inscrire sur leur visage.

Loué dans les Cantiques des Cantiques, le nez est pour beaucoup la clé de la grâce et de l’harmonie d’un visage. Il est même symbole de clairvoyance, de perspicacité et de discernement.

Nez africain, nez grec, nez sémite, nez asiatique, nez bourbon…, les variétés sont multiples, responsables d’autant d’états d’âme.